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Le blog  des echos

DU REVE A EN PLEURER:C' est ça Tamazgha.

8 Juillet 2010 , Rédigé par Dzecho Publié dans #LES ECRITS DE TAMAZGHA

Il y a, plus de quarante huit ans, ma mère, une paysanne magnifique, a fait un rêve. Elle, qui entre deux collectes d’argent pour le FLN, s’autorisait un moment de répit pour nous le faire partager : « Vous verrez mes enfants, on construira notre pays et il fera tellement bon y- vivre que de partout on y- affluera. On construira de belles maisons avec des allées fleuries et on s’y sentira tellement bien que plus jamais on ne voudra en partir ». Un rêve tout simple où une allée fleurie résumait toutes les audaces. Et nous assis en rond autour d’elle nous buvions ses paroles, et la pressions de questions et au bout d’un moment ivres de bonheur, nous nous précipitions sur elle et la couvrions de caresses, de baisers…Dans mes oreilles raisonnent encore son rire plein de bonheur et je la revois allongées sur le dos, pendant que nous exécutions nos danses d’indiens, un sourire merveilleux sur les lèvres, les yeux mi -clos, volant un instant d’éternité à des lendemains chargés d’incertitudes. Les « frères militants » veillaient sur elle évidement et que de fois ils la firent « disparaitre » quand la filière venait à être démantelée. Mais rien ne pouvait entamer sa foi dans la lutte pour une Algérie libre. Nous avons rêvé avec elle et nous l’avons aimé, si fort, si puissamment qu’une colère sourde m’envahit à chaque fois que je pense à ce qu’on a fait du rêve de ma mère. Elle s’est battue pour autre chose ! Et même si elle n’en parle pas, chacune de ses paroles, aussi douce soit elle, chacun de ses sourires quand elle me voit arriver, chaque caresse quand sa main parcourt mon visage, me rappelle combien, nous nous sommes éloignés de son rêve. Ma mère et Bouteflika avait vingt cinq ans. Quand dans le journal qu’elle lit on affiche la photographie du chef de l’Etat, elle m’appelle et me demande, un petit sourire aux lèvres : Dis-moi, mon fils, pourquoi il fronce toujours les sourcils ? Pourquoi a-t-il toujours ce regard noir des mauvais jours ? Et quand, invariablement je réponds : sans doute, le poids de sa tâche. Elle me fait un clin d’œil malicieux et me dit en Kabyle : Issen thiwoughas (il sait ce qu’il a fait).Et la plupart du temps je profite d’un moment comme celui là pour prendre place à côté d’elle sous cet olivier. Notre olivier. Qui, en dépit des années, porte encore l’impact de la balle qui traversa la tête de mon oncle. Son frère, exécuté par un peloton improvisé. Elle pose alors sa tête sur mon épaule et je ferme les yeux. Et, Je sais qu’elle va chanter une chanson patriotique, de celles qui les accompagnaient, dans la lutte. Et je sais qu’elle me dira au bout d’un moment : Quand j’étais jeune, je chantais mieux. Maintenant je suis vieille et ton père n’est même plus là pour grogner. Je dirais ce que je dis toujours en ces instants de grâce : Ne t’en fais pas, Ima, aucune personne au monde ne chante aussi bien que toi…Voilà, Just an old sweet song, a peacefull dream (Bien à toi, Kacem). Elle ne connaitra sans doute jamais les allées fleuries et ne verra peut être jamais un monde enthousiaste se bousculer au portillon Algérie .Mais c’est son rêve .Un rêve d’il y a cinquante ans maintenant, quand Bouteflika et elle avait vingt cinq ans. Celui la même que les faces de désespoirs, les rêvent petits, les imposteurs, les parvenus, les obscurantistes, les médiocres, les ribauds, les scélérats, enfin toute cette engeance qui prospère dans la désolation ont foulé aux pieds. Et ,si je m’aperçois que d’une manière ou d’une autre j’ai participé à la trahison ,alors je cracherais vers le Ciel.Ca réglera deux problèmes à la fois.

par:atuelpa yupanqui, 07 Juillet, 2010

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