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Le blog  des echos

Tamazgha dans le sang:que de sagesse

4 Janvier 2011 , Rédigé par Dzecho Publié dans #TAMAZGHA CE N'EST PAS DES MIRAGES

Un peu d’histoire, pour bien commencer l’année.

Par Adel

 

Notre pays, l’Algérie, fait partie de l’ensemble maghrébin, que certains de nos compatriotes préfèrent appeler Tamezgha – le pays des Imazighen –, vaste territoire habité jadis uniquement par des populations parlant tamazight. Les Phéniciens, venus de la lointaine Tyr (actuel Liban), s’établirent en Afrikia – l’actuelle Tunisie – aux environs de 814 avant l’ère chrétienne, fondèrent la ville de Carthage et devinrent des Carthaginois, parlant le punique. Massinissa, le plus grand roi amazigh, mourut de vieillesse en 148 avant J.C., après avoir réussi le pari de rester indépendant vis-à-vis des deux grandes puissances méditerranéennes de l’époque, Rome et Carthage, dont le valeureux Hannibal fut le plus grand chef militaire. Cette dernière fut vaincue et détruite par les Romains en 146 avant l’ère chrétienne. Les Carthaginois, après une présence au pays des Imazighen qui dura près de sept siècles, se fondirent alors dans la population autochtone, sous domination romaine (avez-vous remarqué à quel point les Tunisiens ressemblent aux Libanais dans leur mentalité?). Massinissa laissa à son fils Micipsa un royaume vaste et prospère. Après la mort de ce dernier, Jugurtha, son neveu et fils adoptif, entra en conflit avec ses deux cousins (fils de Micipsa), avec lesquels il partageait le trône. Ces derniers sollicitèrent la protection de Rome et Jugurtha, présumant peut-être de ses forces, s’engagea dans une longue guerre contre l’armée romaine. Il fut vaincu et mourut en captivité à Rome, en 104 avant l’ère chrétienne. Après sept siècles de cohabitation avec les Carthaginois, les Imazighen se retrouvèrent donc sous la coupe de Rome, indirectement d’abord – notamment durant le règne de Juba II – puis de manière directe, jusqu’à l’arrivée des Vandales, en 429 après J.C, soit durant plus de quatre siècles. Ces derniers constituèrent un royaume dont la capitale fut Saldae (l’actuelle Bougie) mais ils furent chassés en 533 par les Byzantins, Grecs venus de Byzance (actuelle Istanbul). Le territoire des Imazighen passa alors sous leur autorité et le resta durant près de trois siècles. Ils furent à leur tour chassés par les armées arabes, venues elles aussi d’Orient. Durant les périodes romaine et byzantine, la religion chrétienne se répandit et le grand Saint-Augustin vit le jour à Hippone (actuelle Annaba)et devint célèbre sur la terre des Imazighen.

 

Après la conquête arabe, les habitants de l’antique Berbérie sont progressivement devenus des arabo-berbères musulmans. Certains de ces arabo-berbères s’établirent à leur tour en Andalousie espagnole durant huit siècles puis, après la chute de Grenade en 1492, ils refluèrent vers la terre de leurs ancêtres, devenue le Maghreb, apportant avec eux une culture métissée. Après une longue période d’indépendance relative, les Maghrébins eurent à subir d’autres assauts et occupations. Les corsaires Turcs venus à leur secours trouvèrent le pays à leur goût et le gouvernèrent d’une main de fer pendant trois siècles, jusqu’à l’arrivée des Français, au début du 19ème siècle. Ces derniers furent à leur tour forcés de quitter le pays des arabo-berbères maghrébins au milieu du 20ème siècle.

 

Que reste-t-il de cette longue superposition d’occupations et de conquêtes?

 

D’abord, la langue amazighe, toujours vivante – un vrai miracle – ainsi que l’islam et la langue arabe, qui a pris les accents et les couleurs du pays. La langue française – que certains considèrent comme un butin de guerre qui peut encore servir et d’autres une arme que l’ancienne puissance coloniale utilise pour maintenir une présence indirecte dans notre pays – a reculé considérablement depuis 1962, sans toutefois disparaître tout à fait. Il reste une population qui se cherche et doute parfois, balançant entre Orient et Occident. Des lointains Carthaginois aux Français, les apports étrangers se sont déposés sans réussir à effacer totalement la langue et la culture d’origine. Est-il étonnant que la langue arabe et l’islam aient réussi à s’implanter durablement dans nos contrées? Certainement pas. Le secret de cette réussite réside dans le fait que les Arabes, à l’inverse des Carthaginois, des Romains, des Byzantins, des Turcs et des Français, se soient fondus dans la population autochtone et n’aient jamais cherché à maintenir cette dernière à l’écart. Les premiers États qui furent fondés après la conquête arabe, bien qu’étant l’œuvre, au départ, de chefs militaires ou religieux venus d’Orient – Ibn Aghlab, Ibn Rostom et Idris – s’appuyèrent sur les tribus berbères. Les empires qui leur succédèrent – Fatimide, Almoravide et Almohade – furent également portés par ces mêmes tribus.

 

Nous sommes donc, et nous ne pouvons être, que des arabo-berbères, un mélange d’Occident et d’Orient, d’impulsivité et de décontraction, de nervosité et de calme, d’ardeur au travail et de langueur, de tension vers le futur et de nostalgie du passé. Nous ne sommes ni des Occidentaux, ni des Orientaux, mais un mélange des deux, un alliage pas encore tout à fait stable, riche de possibilités insoupçonnées, mais fragile. Nous continuons à regarder vers le lointain Orient ou vers l’Europe, dans l’espoir d’y trouver des certitudes qui puissent nous servir à affronter les batailles à venir. Mais c’est en nous-mêmes que nous devrions chercher ces certitudes, si nous voulons dépasser le stade des tâtonnements et entrer dans l’âge de la maturité. Il faut pour cela de l’imagination, de l’audace et du courage. Beaucoup d’amour aussi. L’amour de la terre et des peuples du Maghreb, l’antique Tamezgha.

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