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Le blog  des echos

TAMAZGHA DE LA SAGESSE

11 Avril 2010 , Rédigé par Dzecho Publié dans #LES ECRITS DE TAMAZGHA

Je me réjouis que les débats entre les membres de notre communauté de LQA aient retrouvé cette sérénité qui le caractérise désormais. Je voudrais, à mon tour m’exprimer sur cet important sujet. Je crois, moi aussi, comme nombreux de nos compatriotes, que l’Islam a une place centrale dans notre société, et qu’il est le ciment qui nous unit. Mais ma conception de l’Islam, même si elle peut choquer certains tenants d’un islam rigoriste, place l’Homme et certains postulats qui ont cours aujourd’hui, au cœur de la problématique, comme acteur et arbitre de son propre mode de vie, et non pas comme un sujet inconditionnellement soumis à des règles immuables, « applicables en tout temps et en tout lieu » pour reprendre la formule consacrée. Je pense, en effet, que l’islam, dans ses dispositions exégétiques sur de nombreuses situations, ne peut pas être appliqué, dans sa rigueur initiale, comme si nous vivions encore du temps du prophète(QLSSSL) D’ailleurs, la communauté musulmane, dans son ensemble, n’a pas attendu que ses Oulémas lui dictent des fatawis pour s’adapter, d’elle même, à des situations, et des évolutions, voire des révolutions, de mentalités, qui rendaient caduques certaines postures sociales. Et plutôt que de disserter sans fin, je préfère donner des exemples concrets. Dans les premiers âges de l’Islam, et du vivant du prophète Mohamed(QLSSSL), il était tout à fait normal d’épouser des fillettes de 12 ou 13 ans, sans autre restriction que la condition de puberté. Cette pratique n’était, par ailleurs, pas propre aux seuls musulmans, puisqu’elle existait avant l’islam, et qu’elle avait cours dans le monde chrétien ou juif, sans que personne trouve à y redire. Nous connaissons des exemples de plusieurs monarques européens qui s’étaient mariés, en justes noces, avec des fillettes de cette âge. C’était le cas aussi de leurs sujets, et en ces temps, une femme de quarante ans était perçue comme une vielle dame. Aujourd’hui, pour en revenir aux sociétés musulmanes, et hormis pour quelques rigoristes fêlés, cette pratique est naturellement tombée en désuétude. Aucun musulman n’accepterait que sa petite fille se marie avant qu’elle ne devienne femme, dans l’entendement que l’on a aujourd’hui de ces questions. La mentalité de la communauté musulmane a donc, naturellement, et sans fetwa, évolué en fonction du contexte dans lequel elle vit. Un autre cas de figure: Sans entrer dans des précisions sur le Coran que je ne maîtrise pas, je sais par contre que l’islam interdit aux musulmans de vivre en « terres de mécréance », c’est à dire dans des pays dont le souverain, ou le gouvernement n’est pas musulman. La première fetwa qui a été commanditée par le général Bugeaud, pour mettre fin aux appels au djihad contre l’occupant français en Algérie, a été « achetée » par la corruption et la ruse à des Oulémas de la Zitouna, de El Azhar, de Médine et de la Mecque, par l’officier français Léon Roche, qui s’était fait passer pour un musulman. Cette fetwa, en substance, a autorisé les musulmans à vivre sous la domination des Français puisqu’ils n’avaient pu les chasser par la guerre. Cette curieuse péripétie mise à part, les musulmans ont toujours respecté l’obligation de ne pas vivre en « terres de mécréance », même dans des cas extrêmes, et hormis pour des périodes limitées d’ambassade. C’est ce qui explique la migration(hidjra) massive des musulmans de l’Andalousie vers le Maghreb, après la Reconquista. Il y eut, en cette période terrible, de nombreuses fatawis de Oulemas Andalous qui enjoignaient la migration à certains de leurs coreligionnaires qui rechignaient à quitter leur terre natale et que les rois, très catholiques, invitaient à y demeurer. Aujourd’hui, sans fetwa aucune, ou avec des fatawis après coup, des millions de musulmans, dont nombreux sont pourtant de fervents pratiquants, ont tout naturellement gommé cette restriction, pourtant canonique, de leur religion, et qui était pourtant d’une importance capitale, puisque son but était d’éviter aux descendants de ces gens vivant hors de Dar el Islam de se détacher de la religion de leurs pères. Un autre exemple, même s’il est un peu caricatural: Dans les premiers âges de l’islam, et plusieurs siècles après la mort du prophète Mohamed( QLSSSL) l’esclavage était une caractéristique, voire un fondement principal, des sociétés musulmanes. Chrétiennes et juives aussi, il faut le préciser. Personne ne trouvait immoral, et encore moins injuste, de posséder en propre des esclaves, de les vendre, de les troquer contre d’autres marchandises. Il était même admis, dans les dispositions du talion, de tuer un esclave de celui qui vous avait tué un esclave. Aujourd’hui, ces pratiques, permises par la chariaa, nous semblent monstrueuses. Pourtant, en ces temps, elles faisaient partie de l’air du temps. Personne ne les admettrait aujourd’hui. J’en conclus que ce qui avait cours hier, qui était admis comme des mœurs tout à fait normales, voire honorables, voire conformes à la pratique islamique, est devenu obsolète, voire amoral. Je pourrais vous citer de nombreux autres cas de figure qui illustreraient ma pensée, et qui montrent que la communauté musulmane a délesté, tout naturellement, sans l’avis des Oulemas, des pratiques qui avaient cours du temps du salaf, comme ont dit. Aussi, lorsque certains d’entre nous affirment que la foi est ce qu’il y a de plus important dans une religion, et non pas ses normes et ses formalités, et que celle-ci doit relever de la sphère intime, ils n’insultent en rien l’Islam. Ils ne la confinent pas à la portion congrue, et ne l’excluent pas du champ social, mais contribuent à revendiquer pour elle une élévation à son véritable esprit, à l’adoration du créateur, et non pas à une multiplication, souvent anachronique, de rituels et de postures formelles vidés de leur substance essentielle. Mais il est vrai, par contre, que toute société, et toute civilisation, sont fondées sur des valeurs éthiques. C’est en ce sens que nous souhaitons pour notre société que ses valeurs soient d’essence musulmane. Parce que nous ne voulons pas nous faire phagocyter tout crus par des valeurs qui nous sont étrangères, et dont nous n’avons pas vécu le parcours dans lequel elles se sont formées. S’il est vrai que nous admettons aujourd’hui certaines valeurs comme étant universelles et susceptibles d’être adoptées par nos sociétés, comme la démocratie, les Droits de l’Homme, et de la femme en particulier, la tolérance, la fraternité solidaire entre tous les hommes, de quelque religion soient-ils, la sécurité sociale, le droit du travail, et bien d’autres valeurs forgées par l’homme en dehors de la sphère religieuse, il n’en demeure pas moins que nous faisons la différence entre modernité et occidentalité, que nous ne faisons pas de l’acquisition concomitante et inconditionnelle de valeurs appartenant à une conception dominante, et dont certaines ne sont pas conformes à notre propre perception de la vie. Et qui, de toutes façons, seraient rejetées par nos sociétés, comme un corps étranger, lorsqu’elles n’y produisent pas des ravages en profondeur, comme nous pouvons l’observer aujourd’hui dans toute la communauté musulmane, où des comportement quasi schizophréniques troublent notre mode de vie et l’âme même de nos peuples. Où des bouleversements éthiques, idéologiques et sociologiques s’y transforment souvent en tragiques malentendus, pour le moins qu’on puisse dire. Pour ma part, et c’est là un avis personnel, comme tout ce qui précède par ailleurs, la religion, si elle est le fondement de notre société, ne doit pas être un outil pour l’accaparement du pouvoir, ni un instrument de contrainte sociétal, pour réguler les comportements et les attitudes. Chacun a le droit d’agir selon son propre arbitre. Pour le voile, par exemple, que celle qui veut le porter puisse le faire en toute liberté, et que celle qui ne le souhaite pas soit libre de ne pas le porter. Ni répression à la Mustapha Kemal, ni cris d’orfraie du bien pensant dominant. Pudeur n’est pas pudibonderie. Les barrières religieuses et sociales sont souvent le fruit d’une évolution. Ou d’une régression. Elles ne sont absolues que pour l’intégriste de tout bord et qui se nourrit de ses propres postulats, qu’il pense être des vérités immuables, intemporelles, et surtout indiscutables. Pour s’en convaincre, il faut juste se référer aux interprétations sur le voile que font les uns et les autres, dans une même communauté musulmane. Merci de m’avoir lu et pardon si je vous ai ennuyé, ou fâché.

DB

PS: Je voulais juste rajouter que je considère, personnellement, que l’islamisme politique a droit de cité dans le débat politique. Personnellement, je pense qu’il est voué à une impasse politique, mais c’est à lui qu’il reviendra de se raidir dans des conceptions surannés ou d’évoluer avec son temps, tout en restant lui-même. A la seule condition, toutefois, qu’il se plie aussi, comme les autres mouvances politiques, aux règles du suffrage universel comme seul moyen d’accéder au pouvoir, et à l’alternance si ses électeurs décident de ne plus lui faire confiance. Seul le peuple décidera de son destin. Et ce sera à lui d’assumer ses choix, tous ses choix, comme tout peuple digne de ce nom.

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